• Cette quinzaine c'est la nuit chez Asphodèle avec les mots : Vol, chat, transfigurer, chauve, blanc, solitude, silence, matin, se ressourcer, ivresse, ténébreux, épuisant, insomnie, étoilé, fête, rêver, sommeil, voyage, chanson, fesse, recommencement, voluptueux, sarabande, passeur, prologue, pavillon. (Bon j'ai un peu triché en transformant le rêver en rêves)

     

    Chat alors

    Connaissez-vous quelque chose de plus voluptueux que le vol d'un chauve-chat dans le silence de la mi-nuit, si ce n'est peut-être le son du cor au fond des bois ?

    En ce qui me concerne, je pense que rien n'égale l'ivresse à laquelle je succombe lorsque l'éclair blanc de ce petit animal traverse la nuit ténébreuse et étoilée.  Je vous assure, rien de tel pour se ressourcer et éviter une épuisante nuit d'insomnie.

    C'est une telle fête pour les yeux que de voir ces adorables petites bêtes poilues se rassembler sur un arbre ou un toit, poser leurs petites fesses dodues sur leur queue douillette. Comment ne pas succomber lorsque leurs grands yeux d'or se mettent à scintiller dans la solitude de velours de la nuit ?

    En prologue à leur sarabande, ils entonnent une chanson faite de doux ronronnements qui vient chatouiller délicieusement les pavillons de vos oreilles, tandis qu'un délicat frisson voyage de votre tête à vos pieds, dénouant toutes les tensions de la journée.

    Et puis lorsque vous êtes bien captivés, ils déplient leurs ailes dentelées et s'élancent pour un ballet qui est un perpétuel recommencement de figures acrobatiques. Suivre leurs évolutions est gage de sommeil réparateur, tant elles sont hypnotiques et au matin vous vous réveillez plein d'énergie.

    Bref, ces petits passeurs de rêves transfigurent la ronronthérapie de nos amis les chats et l'élèvent au rang de grand art.

    Chat alors

     


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  • Un petit coup de folie cette semaine chez Asphodèle avec les mots : Grain, conséquence, ordinaire, manquer, zinzin, camisole, extravagance, quotidien, douce, furieux, maîtrise, artiste, univers, abandon, psychose, conte, rêveur, bleu, aliéniste, bergère, escapade, onduler, outrageux, obsédant.

    Folie bizarre

    Je ne sais pas trop où je suis arrivée, mais il se passe des choses bizarres ici. Serais-je zinzin ? Je devais être tombée à pied joints dans un conte plein d'extravagance. Cela avait commencé comme une escapade, une petite faille dans le quotidien. Et voilà que tout partait en vrille ! Bon, je vous explique. J'avais eu envie de faire une petite promenade, après une semaine de travail dans un bureau, l'air pur me manquait, j'avais donc pris la route qui d'ordinaire me conduisait en forêt, bref une balade sans conséquence. J'allais donc, le museau au vent, respirant une douce brise, lorsque sans prévenir un grain me dégringola dessus, m'obligeant à me replier rapidement sous le couvert des arbres sous peine d'être complètement transformée en serpillière.

    C'est alors que l'univers bascula. Il y eu un bruit bizarre, un éclair. Après un bref instant de flottement je retrouvai plus ou moins la maîtrise de mon corps. La forêt familière était tout à coup fort étrange, j'avais l'impression qu'elle était à l'envers, très déconcertant vraiment cette impression que la droite était passée à gauche et vice-versa.

    Une musique, un rien obsédante, m'attira vers un sentier que je ne connaissais pas. Sans plus réfléchir je m'y engageai et là je tombai sur une scène bien étrange.

    Une bergère tricotait une belle camisole avec la laine de ses moutons, grâce à des aiguilles qui semblaient faire un bon mètre de long, le vêtement s'allongeait, s'allongeait avec célérité. La camisole semblait s'interroger. Allait-elle pouvoir s'enrouler comme un boa autour d'une troupe d'aliénés ? Elle tira une belle langue rose, cette perspective lui semblait manifestement fort alléchante.

    Hypnotisé par le cliquetis obsédant des aiguilles, un aliéniste, bien sanglé dans sa belle blouse blanche, broutait l'herbe bleue qui ondulait à perte de vue. L'herbe crissait sous ses dents et crépitaient comme cette drôle de poudre qui éclate une fois posée sur la langue, ses yeux rêveurs et hallucinés en jouaient au yo-yo. Il se sentait si bien qu'il se mit à bondir dans tous les coins comme un pois sauteur sur-vitaminé.  

    L'artiste, qui essayait désespérément de peindre la scène sur le dos d'un mouton, grognait comme un fou furieux. Sa muse, alanguie avec abandon au milieu de la mer de maille à l'envers le snobait carrément et outrageusement. Il se demandait s'il n'allait pas jouer un remake de psychose et sortir son grand couteau pour couper le fil de la pelote de laine qui gambadait au milieu des arbres.

    Curieuse scène, pensai-je, je m'apprêtais à aller voir tout ça de plus près, voire même engager la conversation avec ces singuliers personnages, lorsque je tombai...

    de mon fauteuil. Oups, la prochaine fois que je serai enrhumée, je mettrai peut-être un peu moins de rhum dans ma tisane miel-citron. Au loin j'entends une camisole hennir.


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  • Reprise des Plumes d'Asphodèle avec les mots : Regard, secret, main, larrons, tiroir, drap, couverture, partager, (se) tramer, connivence, confident, bêtise, proche, rival, neige, empathie, ensemble , amants (au pluriel), nacrer, nomade, noir.

    Attention, aujourd'hui j'ai fait long.

    Ce jour-là je devais me rendre chez des amis. J'avais fait la bêtise de partir sans vérifier la météo. Résultat, profitant de ce moment d'égarement, la neige, de connivence avec la nuit manifestement décidée à être encore plus noire que d'habitude, se mit à tomber drue. Ces deux larrons (enfin larronnes) m'incitèrent à m'arrêter dans ce qu'il est coutume d'appeler un "hôtel de charme". Pour tout dire, bien qu'aveuglée par la poudreuse qui nacrait l'endroit, j'avais un peu l'impression de débarquer dans l'Auberge Rouge chère à Fernandel. N'ayant pas l'intention de rester dans ma voiture au risque d'être transformée en Magnum vanille/fraise géant, j'avalai ma salive, pris mon courage à deux mains et à deux pieds, constatai que bien entendu le réseau ne passait pas et me lançai, vaille que vaille, à l'assaut de ce repaire qui semblait recéler son pesant de secrets.

    Le regard un peu oblique du clone de Françoise Rosay me cueillit au-dessus du comptoir.  Je croisai les doigts en espérant ne pas rencontrer la partie masculine de ce couple d'amants infernaux.

    J'exposai mon cas et lorsque la main de l'aubergiste se dirigea vers le tiroir sous la caisse, je me sentis en totale empathie avec le moine du film. Si elle sortait un couteau, j'étais prête à prendre mes jambes à mon cou.

    Mais elle me présenta une bête clé. Ouf ! Il allait falloir que je mette mon imagination de côté si je ne voulais pas passer ma nuit à faire les cent pas.

    Chambre 13, bien sûr que pouvais-je espérer d'autre ? Avant de m'y risquer, je demandai d'une voix timide s'il me serait possible de grignoter un petit quelque chose, si possible autre chose que de la chair humaine pensai-je in petto ?

    Elle me précéda dans la salle à manger, enfin si l'on peut appeler ainsi un ensemble hétéroclite de tables, chaises, bibelots, bimbeloterie et dinanderie, le tout écrasé par un plafond qui était si proche qu'on aurait dit un plancher. La pièce était tellement sombre que j'eus bien du mal à trouver ma bouche pour y enfourner une curieuse omelette nature un brin élastique, j'avais préféré décliner la proposition d'une omelette aux champignons, allez savoir si une amanite nomade n'aurait pas pu s'y glisser.

    Bref, cette auberge côté ambiance était une digne rivale des romans gothiques du XIXème siècle. Et il me restait encore à découvrir ma chambre. Je m'attendais au pire et je n'allais pas être déçue, car autant le dire il s'en tramait de belles dans la chambre 13.

    Je tournai la clé dans la serrure et me faufilai dans la chambre telle une petite souris entrant par une chatière, et là surprise ! La chambre était toute douillette, très romantique avec un grand lit à baldaquin, une charmante table de nuit, un secrétaire en bois de rose avec sa chaise assortie et un très curieux confident installé près de la fenêtre et drapé d'une couverture écossaise, fenêtre qui s'ouvrait sur une lune trop ronde pour être honnête. N'ayant pas envie de partager mon intimité avec elle, je me hâtai de fermer les épais double-rideaux d'un beau velours moiré. Au vu de la chambre, je m'attendais un peu à tomber sur une salle de bains spartiate avec broc et cuvette en porcelaine, mais non, je restai bouche bée devant la moderne douche à l'italienne.

    Voilà que l'Auberge rouge se transformait en hôtel 4 étoiles, je sentis toute la tension qui s'était accumulée depuis mon arrivée s'évaporer. Une bonne douche et hop au lit entre des draps qui sentaient bon la lavande et sur un matelas juste ferme comme il fallait. Avec un soupir d'aise je fermai la lumière et les yeux.

    Quelque chose me tira de mon sommeil, un coup d'œil à mon réveil de voyage me confirma, comme il fallait s'en douter, qu'il était minuit. Je me pétrifiai, à l'écoute. Qu'est ce qui avait bien pu me réveiller.

    Un rire, un frôlement contre ma jambe. Je poussai un glapissement et j'arrivai à, simultanément, allumer la lumière, sauter hors du lit, chausser mes lunettes et me plaquer contre le mur, enfoncé Speedy Gonzales ! Le cœur battant, je passai la chambre aux rayons X, celle-ci me parut trop innocente pour être honnête.

    A nouveau, un petit rire et, en même temps que mes cheveux, je vis le drap du lit et la couverture du confident se dresser.

    Paf, je me retrouvai sur les fesses, des papillons noirs passaient devant mes yeux, bref, j'étais à moitié tombée dans les pommes.

    Le drap et la couverture s'approchèrent et j'essayai désespérément de me fondre dans le mur, façon passe-muraille. Ils s'abaissèrent à mon niveau, les plis devant mon visage faisaient comme un large sourire. Pas possible ces deux pièces de tissu se payaient ma fiole ! Le courage me revint et je me remis sur pied, les deux compères accompagnèrent mon mouvement.

    "Bonjour" froissa le drap.

    "Bienvenue" chiffonna la couverture.

    "Euh" balbutiai-je.

    "Quelle éloquence" frippèrent-ils avec un bel ensemble.

    Bon, je n'allais pas laisser ces chiffons continuer à se moquer de moi, d'autant qu'ils paraissaient somme toute plutôt amicaux.

    "Bonjour, à qui ai-je l'honneur ?" m'enquis-je aimablement.

    "Dranne" boulocha le drap avec une jolie voix flutée de demoiselle.

    "Joakilt" pelucha la couverture d'un timbre bien mâle.

    "Fantômes itinérants de notre état" ourlèrent-ils d'un seul fil.

    "Fantômes itinérants" m'étonnais-je "je croyais que les fantômes étaient attachés à un lieu."

    "En principe oui" effrangea Joakilt "malheureusement la tenancière de cette gargote nous a arrachés à notre château écossais."

    "Pour tout dire" effilocha Dranne "elle nous a honteusement volés. Nous avons été obligés de la suivre de place en place et nous végétons maintenant ici. Pourriez-vous nous aider à reprendre notre envol en toute discrétion?"

    "Après m'avoir à moitié fait mourir de peur, vous ne manquez pas d'air" m'insurgeai-je.

    "Toutes nos excuses, gente dame" raccommoda Joakilt "mais nous manquons cruellement de distraction."

    "C'est avec plaisir que je vous aiderais, mais vous êtes un peu encombrants, je ne vois pas comment je pourrais vous faire passer en douce devant la patronne."

    Mes deux nouveaux amis se firent ce qui ressemblait un clignement d'œil, bien que ce soit un peu difficile à percevoir au milieu de tous leurs plis.

    "Nous avons une petite idée" tricotèrent-ils à nouveau en chœur.

    J'aurais du me méfier de leur idée car le petit jour me trouva au volant de ma voiture, couverte de neige et grelottante. Bon d'accord Joakilt se lovait sur mes genoux et Dranne s'était muée en écharpe, n'empêche que descendre d'un premier étage accrochée à des drap et couverture noués ce n'était plus de mon âge !

    Et tandis que mes deux nouveaux compagnons riaient du mauvais tour joué à l'aubergiste, je me demandais bien ce que j'allais pouvoir faire d'eux. Wait and see comme on dit en Ecosse !

     Merci à ceux qui sont arrivé jusqu'à la fin de ma petite histoire et si vous vous interrogez sur les prénoms de mes fantômes sachez que Sainte Anne et Saint Joachim sont les saints patrons des couturier(e)s.


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  • C'est Domi qui est à la barre des Croqueurs cette quinzaine. Son thème : “Expliquer à votre sauce l’origine d’une expression connue”

    Voici donc ma toute petite histoire.

    Dans la grande forêt vivait une famille de loups. De beaux loups au pelage noir et vigoureux. Des loups sauvages juste ce qu’il fallait.

    Un beau jour naquit dans la meute un loup un peu particulier. Ce louveteau était d’un beau blanc.

    Inutile de dire que tous le regardèrent avec étonnement. Comme un telle aberration avait-elle pu se produire ?

    Sa mère se serait-elle trop roulée dans la neige, aurait-elle mangé trop de lapins blancs, bu trop d’eau ?

    Devant ce mystère le chef de la meute envoya des émissaires dans tout le pays pour obtenir des renseignements.

    La nouvelle de cette étrange naissance se colporta de proche en proche et ainsi lorsque le louveteau devenu grand s’en alla vivre sa vie, tous ceux qu’il rencontrait le connaissaient déjà. Partout il était salué par un « Bonjour loup blanc, comment va ? »

    Etre connu...


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  • Pour les croqueurs de mots et la proposition de Martine "la chance à travers les jeux de hasard" je ressors un texte écrit en 2008 sur ce tableau de Dali qui m'a toujours beaucoup amusée.

     Persistance de la mémoire

    Non mais quelle idée j'ai eu d'entrer au Muséum d'Art Moderne de New York. Complètement dingues ces fichus Yankees d'offrir une œuvre par tirage au sort et moi qui n'ai jamais de chance au jeu, voilà que j'ai gagné, enfin, je me suis aperçue après coup qu'en fait de chance, ça a été un sacré coup de poisse oui !

    J'avais donc gagné le droit de choisir une œuvre parmi toutes celles du Musée et j'ai jeté mon dévolu sur "Persistance de la mémoire" enfin moi personnellement je préfère le titre "les Montres molles" de l'ami Dali.

    Bon, pourquoi ce tableau là en particulier, allez savoir, il m'a toujours amusée même si, il faut bien le reconnaître le paysage n'engendre pas une franche rigolade, mais ces montres qui dégoulinent me "parlent". Ah ça pour me parler, elles me parlent les bougresses.

    Me voilà donc revenue en France avec ce tableau.

    Et là les ennuis ont commencé, d'abord à la douane, malgré les papiers fournis par le Musée j'ai failli me retrouver en taule pour vol. Ensuite, elle jure abominablement avec mon papier peint et comme les assurances me piquent quasiment l'intégralité de mon salaire pour assurer ce fichu petit bout de toile je n'ai pas les moyens d'en poser du neuf.

    Ah, ne pas oublier que je vis maintenant dans un bunker, avec des barreaux aux fenêtres et des alarmes dans tous les coins, je ne vous dis pas il y a même un code pour aller aux toilettes, alors quand j'ai une petite envie la nuit et que je me souviens plus de ces !§=£$*µ d'alarmes je réveille tout le quartier, je déplace la société de gardiennage et je n'arrive pas à me rendormir avec l'afflux d'adrénaline qui m'a envahie, en prime il faut que je décroche ma minette perchée en haut de la moquette murale et qui feule de fureur.

    Mais ce n'est pas encore le pire. Non !

    Faut dire qu'avec un personnage comme Dali, j'aurais du me méfier.

    Figurez vous que pendant la nuit ses montres se mettent à fonctionner. Mais au lieu de faire un honnête tic-tac comme toutes montres qui se respectent, elles font des bruits bizarres des plic-plac, flic-floc, blic-bloc, clip-clap, bling-bling et jamais en rythme bien sûr, parfois c'est toutes les secondes comme ce doit être réglementairement le cas, et parfois, vlan une fois toutes les minutes ou une seconde sur deux. Donc pas moyen de dormir correctement même avec des boules quies et trois oreillers par-dessus, ce son s'infiltre et m'emballe le cœur.

    Bon remarquez j'aurais choisi une autre œuvre allez savoir ce qui se serait passé : le discobole m'aurait envoyé son disque dans toutes mes vitrines et mes carreaux, la Joconde n'aurait pas arrêté de marmonner dans sa barbe, le radeau de la Méduse m'aurait inondée et j'en passe et des meilleures.

    Bref, je suis sur les genoux et j'envisage de détruire cet instrument de torture. Et quitte à avoir des montres molles à la maison je crois que je préfèrerais opter pour celles de Claude Ponti et de Monsieur Monsieur.

    Pardon ? Je pourrais le revendre ! Mais dites donc c'est une super idée ça ! Je n'y avais pas pensé. Ca ne vous intéresserait pas par hasard ?


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