• Aujourd'hui, c'est Benoîte qui pointe son nez pour Jill Bill et sa cour de récré.

    A Bigorbourg, comme partout ailleurs les adolescents (et certains adultes aussi d'ailleurs) se posent de multiples questions, questions qu'au grand jamais ils n'oseront poser à qui que ce soit.

    Mais ces questions, parfois, en viennent à les étouffer. Ce n'est pas parce que nous sommes à Bigorbourg que tout est toujours rose.

    Alors que faire ?

    C'est là qu'intervient Benoîte.

    Benoîte fait partie de la grande famille des papillanges et après les exemples de Janvier et de Daisy, elle a décidé qu'elle aussi donnerait un petit coup de main aux Bigorbourgeois.

    Elle se promenait donc en forêt lorsqu'elle entendit notre amie Léonce soupirer. Intéressée Benoîte la suivit, peut-être allait-elle trouver le moyen de l'aider.

    Elle tendit donc l'oreille et elle entendit la jeune fille se poser des questions et essayer d'y répondre. Malheureusement ses réponses n'avaient pas l'air de la satisfaire pleinement, ou pour être plus exacte, elle n'arrivait pas bien à épingler cette sacrée réponse qui voletait.  Cela a déjà dû vous arriver, je pense, vous savez, ce petit truc qui s'amuse à jouer à cache-cache dans votre esprit, ce mot sur la langue qui ne veut pas sortir.

    Eh bien, Léonce était confrontée à ce problème. Une vilaine réponse se cachait et ne voulait pas montrer son nez. Et pour être juste, Léonce se disait que si elle arrivait à l'attraper, jamais elle n'oserait la formuler sans se sentir gênée Je suis bien sûre que ça aussi, ça vous est arrivé. Avoir une réponse et ne pas oser l’accepter.

    Voilà, Benoîte sentait bien qu'elle venait de trouver le moyen de mettre son petit grain de sel à Bigorbourg. Il ne restait plus qu'à finaliser l'opération.

    Elle se mit à tourner autour de Léonce, un peu comme la petite lumière de l'idée qui jaillit au-dessus de la tête dans les BD.

    Léonce freina des deux pieds et rentra chez elle toute affaire cessante.

    Elle attrapa un cahier, un stylo-plume et se mit à déverser fébrilement sur le papier toutes les questions qui l'encombrait.

    "Cher Journal, …"

    Oui, le Cher Journal de nos jeunes années ! Mais à la différence de ceux qui ne sont qu'à moitié sincères ou qui sont enjolivés, Benoîte était là pour inciter Léonce à se laisser complètement aller, et par la même occasion assise sur son épaule, elle lui soufflait les bonnes réponses, celles qui allaient l'aider à retrouver la sérénité.

    Bien me direz-vous, un journal c'est somme toute assez banal. Certes, mais dans ce cas bien particulier, sans trop savoir pourquoi Léonce osait écrire tout ce qu'elle avait sur le cœur parce qu'elle était sûre que personne ne lirait ses interrogations. Pourquoi en était-elle sûre ? Parce que la charmante Benoîte le lui avait murmuré à l'oreille et que grâce à sa magie, quiconque tomberait sur ce journal n'y verrait que des pages blanches.

    Très satisfaite de son premier essai, Benoîte s'empressa d'aller prospecter d'autres "clients". Elle ahttp://images.doctissimo.fr/1/annonces/journal-lettre-repertoire/photo/hd/2283947228/75978722d1/journal-lettre-repertoire-default-big.jpg d'ailleurs tellement de succès qu'elle a recruté quelques papillanges pour lui donner un coup de main. A certaines heures, le travail ne manque pas ! Et il y a même certains papillanges spécialisés dans l’escamotage des journaux virtuels.

     

    J’ai utilisé le mot benoîte dans le sens de sereine (c’est mon vieux Petit Larousse qui le dit).


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  • C'est l'invité de la semaine dans la Cour de Récré de Jill Bill.

    Martial est arrivé depuis peu à Bigorbourg. Pour être plus précise, il a rejoint l'école de Mademoiselle Agathe et pour être encore plus précise, le coin à jouets où Prosper le ballon vient de l'accueillir.

    Comme son prénom l'indique, Martial est, eh bien martial ! C'est un charmant petit soldat de plomb débarqué on ne sait trop d'où.

    Mademoiselle Agathe n'aime pas trop les jouets de "guerre", mais Martial est craquant avec son bel uniforme rouge et son plumet au képi, en plus, bizarrement il ne porte ni fusil, ni épée alors, ma foi, il paraît bien inoffensif.

    Martial a bien papoté avec Prosper et il a compris qu'à Bigorbourg chacun a une tâche bien précise à remplir et parfois fort exotique.

    Il n'a plus qu'à trouver une voie démilitarisée !

    Et il la creuse sa petite tête de plomb, le pauvre. Il la creuse, mais il ne trouve rien.  

    Le voilà bien désolé, Martial, de ne pas pouvoir apporter sa contribution à la vie de Bigorbourg.

    Prosper fait ce qu'il peut pour lui remonter le moral, mais malheureusement il ne voit pas trop quoi proposer comme travail à ce tout petit bonhomme.

    Du coup, Martial se fait de plus en plus petit dans son coin, n'osant plus montrer le bout de son plumet.

    Jusqu'au jour où il entend Mademoiselle Agathe tancer sévèrement les mascottes de l'école, Chapimou le chat et Raoul le rat. Ceux-ci pris d'un quart d'heure de folie particulièrement remuant sont en train de disperser dans toute la salle de jeux, les perles, les billes et tous les objets ronds et roulants sur lesquels ils peuvent mettre la patte.

    Une fois les trublions expulsés manu militari (Mademoiselle Agathe n'est pas une militariste, mais elle sait faire preuve d'autorité lorsqu'il le faut, non mais !) et priés de ne réapparaître qu'une fois calmés, tout le monde se met à quatre pattes pour récupérer le plus possible de ces sacrés petits objets qui filent entre les mains pour se cacher n'importe où, au grand dam des élèves qui ne trouvent plus assez de perles pour terminer un collier, de billes pour jouer ou de boules de cotillons pour coller sur un beau dessin.

    Le soir, ce sont donc de jeunes élèves boudeurs qui rentrent à la maison, terriblement frustrés de ne pas avoir pu terminer les projets en cours.

    Une fois les enfants partis, Mademoiselle Agathe continue un moment à chercher les évadés, mais ses bras ne sont pas assez longs et ses mains assez fines pour se glisser sous les meubles ou explorer tous les coins et recoins. Fatiguée, elle finit par déclarer forfait et rentre chez elle en espérant que le lendemain matin ses élèves seront prêts à se lancer dans d'autres activités.

    Dans son coin, Martial a assisté à toute la scène et il est fort triste pour les enfants et l'institutrice.

    Quand tout à coup, l'idée jaillit ! Ca y est il a trouvé quel est son rôle à Bigorbourg !

    Le lendemain matin, les élèves et Mademoiselle Agathe sont tout étonnés de trouver bien rangés par espèchttp://fr.empirecostume.com/images/boutique/L/11378.jpges, par couleur, par taille, tous les échappés de la veille.

    Mais habitués aux surprises que Bigorbourg réserve régulièrement à ses habitants, ils ont tôt fait de se faire à la situation et reprennent les activités abandonnées à regret la veille.

    De son côté, Prosper félicite chaleureusement un Martial bien poussiéreux et éreinté d'avoir rampé sous les meubles toute la nuit pour ramener les fuyards. Poussiéreux et éreinté, mais ravi du travail accompli. Après tout un militaire, ça s'y connaît en parcours du combattant et en organisation.

    Et depuis, plus personne à l'école ne pleure lorsqu'un petit objet disparait, on sait bien que le lendemain il sera à nouveau fidèle au poste.


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  • Pour Jill Bill nous allons aujourd'hui accueillir Pénélope dans la Cour de récré.

    Bon forcément, Pénélope ne peut être qu'une tisseuse, on ne peut pas aller contre le destin.

    Mais comme elle débarque à Bigorbourg, ça ne peut pas être une simple tisseuse.

    Donc qui peut-elle être et que va-t-elle tisser ?

    Non, ce n'est pas une araignée, encore que ces petites bêtes font des merveilles que j'admire beaucoup (du moment qu'elles ne s'installent pas dans un coin de mon plafond –non pas ma tête, mauvais esprits que vous êtes !-)

    Bon, donc en partant du postulat qu'il nous faut une tisseuse qui sorte un peu de l'ordinaire, je me suis creusé la tête et je me suis souvenue d'une photo faite il y a quelque temps et d'une citation trouvée il y a longtemps (je vous mets ça en fin d'histoire).

    Bien, après ce détour, revenons à Pénélope.

    Pénélope est une vieille de la vieille. Bon d'accord elle n'est pas aussi âgée que les 3 G (pour mémoire les trois cloches de l'église, Gudule, Guduline et Gudulette) mais elle travaille main dans la main (ou pour être plus exacte aiguille dans le battant)avec elles.

    Ca y est une petite idée de qui peut bien être Pénélope. Facile quand même !

    Oui, Pénélope est l'horloge installée sur le clocher de Bigorbourg. Et depuis que Scarabine et Paraboum (le Jaquemart de Bigorbourg)  ont décidé de ne plus indiquer l'heure, mais le temps, Pénélope est la seule à tisser. A tisser quoi ? A tisser le temps évidemment.

    Comme nous sommes à Bigorbourg, il est bien évident que le temps ne se tisse pas de la même manière que dans les bourgs normaux.

    Pénélope est une charmante horloge en dentelle de fer forgé. Ses aiguilles sont délicates et se terminent en forme de fleur du plus bel effet. Assez curieusement, sûrement quelque chose de bizarrement installé dans son mécanisme, mais ce n'est pas toujours la même cloche qui sonne l'heure pour elle.

    Pour commencer parlons des choses triviales. Anthelme le bedeau doit venir remonter Pénélope au moins une fois par semaine, mais comme ce brave homme n'est plus de première jeunesse, Pénélope se fait toute douce et il n'a pas besoin de forcer sur la grosse clé qui sert de remontoir et comme il n'arrive pas à se mettre dans le crâne les subtilités des passages à l'heure d'été et d'hiver, Pénélope encore très aimablement règle elle-même ses aiguilles (il faut dire qu'elle a pratiqué cette discipline dans son jeune temps –eh oui, l'heure d'été avait commencé à sévir en 1916, merci à Benjamin Franklin pour en avoir émis l'idée pour la première fois !-).

    Passons maintenant aux choses sérieuses. Comment Pénélope tisse-t-elle le temps de Bigorbourg et que fait-elle pour faciliter la vie aux Bigorbourgeois ?

    C'est simple ! Mais si, mais si !

    Du haut du clocher, Pénélope s'est depuis longtemps rendu compte que les humains qui vont et viennent ont parfois une curieusement conception du temps.

    Parfois ils s'exclament "Zut, plus que 10 minutes pour terminer mon devoir".

    Ou bien "Et barbe, encore une demi-heure à attendre avant que la bibliothèque n'ouvre".

    Il y a aussi "Y en a marre, le temps ne passe pas, encore 1 heure de boulot".

    Et bien évidemment le pendant "Hélas, plus qu'une heure avant son départ".

    Ou bien "Chic, encore le temps pour un tour de manège"

    Ou "Chouette, plus que deux minutes avant de partir en vacances"

    Vous avez bien sûr remarqué que les mots "encore" et "plus que" sont accommodés à toutes les sauces, favorable ou défavorable, le tout étant l'intention placée dans l'intonation et l'action en cours.

    Reconnaissez, par exemple, qu'un quart d'heure passé chez le dentiste (sauf pour les masochistes)dure beaucoup plus longtemps qu'un quart d'heure de natation (enfin pour ceux qui aiment l'eau).

    Pour résumer les choses, Pénélope a bien compris que les humains ne sont jamais en phase avec le temps qui passe.

    Je ne parle même pas des paradoxes spatio-temporels parce que là, Pénélope a aussi un peu de mal à suivre.

    Bref, je vous laisse trouver vos propres repères temporels.

    Revenons, si vous le voulez bien, à la technique brevetée "Pénélope" pour rendre le temps agréable aux Bigorbourgeois.

    La recette paraît toute simple "Allonger au maximum les moments de plaisir et raccourcir le plus possible les pensums."

    Seulement voilà, tout est question de dosage.

    C'est vrai, vous vous voyez vivre toujours dans la béatitude, sans période de stress, de peur, d'ennui ? Franchement, ça manquerait un peu de variété, de piquant et d'ailleurs on ne se rendrait même plus compte que l'on est heureux.

    Aussi, dans sa grande sagesse, Pénélope n'intervient que dans les cas qu'elle juge incontournable. Les parents et grands-parents qui voient leur enfant repartir après les vacances ont le droit à quelques heures qui durent longtemps, le lecteur plongé avec délice dans un livre se verra offrir le temps de finir son chapitre, chez le dentiste la roulette ne vrombira qu'une toute petite minute, l'enfant qui se casse un bras se retrouvera plâtré et soulagé en un clin d'œil.

    Pour le reste, il va falloir apprendre à gérer son temps pour rendre ses devoirs en temps et en heure ou pour boucler un dossier important, il faudra savoir endurer le mal de tête qu'une aspirine est capable de soulager. Si on se couronne un genou, tant pis, il faut donner le temps à Maman ou Papa de faire le bisou qui va bien. Et si, si, le soir il faut filer au lit sans trop râler, d'ailleurs les rêves n'attendent pas, eux aussi ont des problèmes avec le temps.

    Bien sûr, gérer tout cela, c'est un peu casse-tête pour Pénélope qui, parfois, arrive à s'emmêler les aiguilles en tricotant le temps. Il ne faut donc pas trop s'étonner si parfois Gudule, Guduline ou Gudulette sonne l'heure avec un peu d'avance ou de retard.

    Et comme dit le latiniste distingué "Carpe Diem". Alors savourez le temps, qu'il soit long ou court !http://i32.servimg.com/u/f32/09/02/08/06/img_0821.jpg

     

    Voici la très jolie citation que j'avais relevée et qui résume ma petite histoire "Les heures heureuses ne sont point comme les heures ordinaires limitées à leur brève existence de 60 minutes si vite écoulées, si vite oubliées. Elles ont l'étonnant privilège de se prolonger indéfiniment dans le temps et dans le souvenir de ceux qui les ont vécues."

     


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  • C'est la rentrée aussi pour la Cour de Récré de Jill Bill, avec le prénom Berthold

    Ce matin, Achille, le bibliothécaire de Bigourbourg est aux anges.

    Monsieur Balthazar, l'étrange brocanteur-antiquaire-bazar, qui vit à la lisière du bourg, vient de lui faire parvenir une caisse de vieux livres.

    Pour Achille, c'est Noël avant l'heure. Il ouvre avec délectation le carton, écarte doucement le papier bulle qui enveloppe chaque petite merveille, il déballe les livres un par un, son œil plein de gourmandise les détaille et sa main légère comme une plume les effleure avec tendresse. Un gros soupir de bonheur lui échappe lorsque tous les livres sont étalés sur la table.

    Maintenant va venir le moment le plus délicieux, celui qu'il a reculé le plus possible, celui de feuilleter ses nouveaux amis.

    Achille s'installe confortablement dans son fauteuil et saisit le premier volume. Il se perd dans la contemplation de superbes fleurs aquarellées à la main, survole les mots plein de poésie des historiens ou des naturalistes de jadis, opine aux réflexions pleines de bon sens de certains, s'offusque des mœurs des mérovingiens.

    Bref, heureusement que ce matin la bibliothèque est fermée parce que sinon les bigorbourgeois n'auraient pas eu la pleine attention qu'Achille leur réserve habituellement.

    Et enfin, Achille tend la main vers le dernier livre, un petit joyau que Balthazar a trouvé il ne sait pas où. C'est un très vieux manuscrit aux pages de parchemin bien protégées par une couverture en bois (pour ceux que ça intéresse ces morceaux de bois qui servaient de couverture s'appellent des ais).

    Achille ouvre cet ancêtre avec précaution, ses yeux caressent les belles lettres si régulières qui fleurissent bien noires sur l'épais parchemin si doux aux doigts. Il rêve aux jours qui coulent sur lui depuis des siècles.

    Il soupire de bonheur et continue à tourner les pages admirant les lettrines de couleur, les enluminures. Quel trésor !

    Quand tout à coup, en tournant une page, ces doigts rencontrent une surface légèrement humide.

    Un peu inquiet, il regarde ses doigts, un peu d'encre verte les macule.

    Par quel miracle, l'encre n'est-elle pas encore sèche après un millénaire ?

    Il n'a pas besoin de s'interroger longuement.

    Comme un pop-up, un curieux et minuscule personnage habillé de braies rouges, de chausses bleues, d'une chainse (chemise) jaune, d'un bliaud vert, coiffé d'un curieux chaperon multicolore, chaussé de poulaines violettes et la taille ceinte d'une belle ceinture d'or et d'argent, surgit devant lui en agitant furieusement une grande plume blanche. Bref un arc-en-ciel sur deux jambes.

    Il semble fort en colère, même si la tache noire qui orne son bout de nez pointu lui enlève un peu de férocité.

    "Ah c'est malin, avec vos gros doigts, vous venez barbîmer mon beau travail !" 

    Achille a beau être lui-même quelqu'un de très spécial, c'est la première fois qu'un drôle de bonhomme comme celui-ci lui bondit au nez du cœur d'un livre.

    "De barbîmer ?"

    "Oui  , il me semble que j'articule correctement non ?"

    "Certes, certes, c'était simplement la première fois que j'entendais ce verbe"

    "Ah là, là, brouillon et inculte en plus ! Vous avez tout pour plaire vous ! ce n’est pas compliqué Barbîmer, c’est barbouiller et abîmer."

    "Veuillez m'excuser, je ne voulais pas barbîmer votre œuvre ! Mais, euh, qui êtes-vous exactement"

    "Vous avez devant vous Berthold, artiste enlumineur, spécialiste de la lettrine, maître de la dorure, roi des couleurs" se rengorge l'étrange personnage.

    "Et c'est quoi votre job exactement ?"

    "Job ? Qu'est ce que le pauvre Job vient faire dans votre entreprise de démolition ?"

    "Excusez-moi, job est un synonyme pour le mot travail"

    "Travail, travail. Mais on parle d'Art là !"

    "Navré, navré" le pauvre Achille ne sait plus trop par quel bout prendre l'acariâtre Berthold. "Je voulais bien sûr dire quel est votre Art !"

    "Mais enfin, c’est simple ! Je suis chargé de redonner de la couleur et du brillant aux enluminures. Vous comprenez, certes les encres de mes patrons les moines sont de très bonne qualité, mais un petit coup de neuf de temps en temps ça ne fait pas de mal !"

    Achille est un peu dépassé, mais comme il ne veut pas blesser son visiteur, il opine.

    "Effectivement, ça ne m’était jamais venu à l’idée. Je comprends mieux pourquoi les vieux manuscrits sont toujours aussi beaux. "

    "Vieux manuscrits, non mais, ils ne sont pas si vieux que ça, tout au plus une centaine d’années ! "

    "Désolé de vous contredire, mais en fait, ça fait mille ans que vous travaillez sur ce magnifique ouvrage et maintenant ce ne sont plus les moines qui écrivent les livres, ce sont des machines."

    "Mille ans" s’exclame Berthold "mais c’est terrible, plus de moines, des machines ! Mais de quelles machines parlez-vous ? "

    Et voilà qu’Achille se retrouve à expliquer au pauvre Berthold la découverte de l’imprimerie, les presses offset, les imprimantes laser et autres nouveautés.

    A l’annonce de tous ces progrès, le pauvre Berthold fond en larmes. On ne va plus avoir besoin de lui, quelle horreur. Achille est bien malheureux de constater ce désespoir et ne sait quoi faire pour remonter le moral à Berthold.

    Sur un dernier reniflement celui-ci regarde pour la première fois autour de lui et s’exclame.

    "Mais nous sommes dans un scriptorium ! "

    "Non pas vraiment, cet endroit s’appelle une bibliothèque. "

    "Et alors ! Je vois bien qu’il y a des livres fatigués, des livres qui manquent de couleurs ! "

    Et Berthold n’a pas tort. Les Bigorbourgeois sont de grands lecteurs et les livres, illustrés et albums sont parfois un peu défraichis. Cette constatation requinque le petit bonhomme, il fixe Achille bien dans lhttp://i32.servimg.com/u/f32/09/02/08/06/evan110.jpges yeux et déclare fermement.

    "Voilà, maintenant je vais m’occuper de vos livres et votre scriptorium aura les plus belles images qui soient"

    Inutile de dire qu’Achille a, très volontiers, accepté la proposition de Berthold.

    Et depuis les Bigorbourgeois peuvent se régaler les yeux d’images splendides, aussi belles que celles que l’on trouve dans les vieux manuscrits. Berthold est toujours un peu péremptoire, mais après tout on peut pardonner beaucoup aux artistes. Non ?

     

    Après recherche sur Internet Berthold était un abbé ayant développé dans son monastère, un grand atelier de manuscrits enluminés.


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  • Dans la Cour de Récré de Jill Bill, avant de glisser la clé sous la porte pour les vacances, je vous propose de rencontrer Jésabelle.

    Venez, suivez-moi dans la forêt de Bigourbourg et pour être plus exacte dans le petit coin où nichent les Papillanges. C'est parmi eux que nous allons trouver Jésabelle.

    C'est une très curieuse Papillange, délicate d'apparence comme tous les autres mais, alors que ses frères et sœurs sont pleins de couleur, de vitalité et virevoltent dans tous les coins, Jésabelle est beaucoup plus réservée, presque transparente. Des cheveux comme du verre filé, un teint pâle, des ailes transparentes, elle semblerait presque maladive.

    Mais, ça c’est le matin avant d’entamer sa journée de travail.

    Tenez, justement la voilà qui s’envole. Attention, ne la perdez pas des yeux. Pour le moment, elle est tellement translucide qu’on ne peut la repérer qu’au léger scintillement d’air qu’elle laisse derrière elle.

    Ah, elle s’arrête près d’une maison. Je crois qu’elle a trouvé de quoi s’occuper.

    Une fenêtre est légèrement entrouverte, elle en profite pour se glisser doucement dans l’habitation et comme à Bigorbourg nous sommes invisibles et sans épaisseur empruntons lui le pas pour la voir à l’œuvre.

    Sur quoi peut bien travailler Jésabelle ? Juste un petit rappel la Jésabelle historique était une vilaine manipulatrice, eh bien disons que la nôtre a aussi ce talent, mais, elle, c’est pour la bonne cause.

    Installez-vous, vous allez comprendre.

    Dans le salon, il y a installée dans un fauteuil confortable une grand-mère aux cheveux blancs qui doivent être tout doux au toucher j’en suis sûre. Près d’elle, assise sur le bras du fauteuil, il y a une petite fille aux cheveux raides comme des baguettes de tambour, sa main joue avec les cheveux de sa grand-mère et elle pose des questions, plein de questions.

    Des questions sur quoi ?

    Des questions sur les quelques vieilles photos en noir et blanc qui s’alanguissent sur les genoux de son aïeule.http://i42.servimg.com/u/f42/09/02/08/06/papi210.jpg Des photos qui lui font demander avec des étoiles dans les yeux.

    http://i42.servimg.com/u/f42/09/02/08/06/papi410.jpg« Pourquoi la dame a ce drôle de chapeau »

    « Pourquoi la petite fille a des cheveux tout bizarres »

    « Qui c’est ce monsieur, et cette dame, et ce bébé ? »

    « C’est où cette maison ? »

    « Et pourquoi elle a l’air triste la dame ? »

    Et la grand-mère fouille dans sa mémoire, elle essaye de se rappeler pourquoi elle avait mis ce drôle de bibi, elle tente d’expliquer que cette dame c’est sa maman à elle et que si elle est triste c’est parce que la vie était dure pour les femmes seules, que cette petite fille malicieuse aux cheveux tout frisés c’est la maman de la fillette le jour de la remise des prix, que ce bébé, c’est, c’est … elle ne sait plus de qui il s’agit.

    La petite fille s’impatiente, elle veut tout savoir pourquoi ? Et si ? Et mais ? Et comment ?

    http://i42.servimg.com/u/f42/09/02/08/06/papi110.jpgVoyant l’air un peu désemparé de la vieille dame, notre Jésabelle s’approche, elle se met à tournoyer doucement autour de la tête blanche.

    Et voilà, brusquement les souvenirs affluent, ils reprennent des couleurs, de la vie, les mots coulent facilement, le rire est proche des larmes, les larmes se transforment en rire. Et la petite fille bat des mains, toute heureuse de rencontrer sa maman à son âge, toute désolée de ne pas pouvoir serrer ce monsieur dans ses bras.

    Et la grand-mère sourit, elle sait bien que la petite fille ne retiendra pas tout de seshttp://i42.servimg.com/u/f42/09/02/08/06/papi310.jpg histoires, qu’un jour elle sera heureuse de retrouver ces vieilles photos, mais tellement frustrée aussi de ne plus se souvenir des paroles qui allaient avec.

    Voilà c’est ça le travail de Jésabelle, comme le dit la chanson « Les souvenirs que l'on croit fanés sont des êtres vivants » et elle, elle leur rend la vie.

    Mieux encore, elle peut aussi atténuer les souvenirs tristes, ceux qui restent tellement plus présents dans l’esprit que les souvenirs heureux.

    Et lorsque la fillette écarte les photos et se pelotonne sur les genoux de sa grand-mère pour un gros câlin complice, la petite Papillange reprend son vol et regardez comme elle a maintenant de belles couleurs, comme elle paraît pleine de vie ! Les souvenirs la nourrissent, comme ils nous nourrissent, alors gardons les bien précieusement, ils réchaufferont les jours tristes et ils perpétueront la mémoire des êtres aimés.

    http://i42.servimg.com/u/f42/09/02/08/06/papi510.jpg

    Photos familiales bien sûr alors de haut en bas et de gauche à droite :

    Mon arrière-grand-mère et mon arrière-grand-oncle (enfin je crois) et bébé inconnu 1920/1930 

    Ma mère à la remise de prix 1938 ou 39

    Mon arrière-grand-mère et ma mère entre 1937 et 1940

    Ma grand-mère en 1943

    Et ma pomme en 1957-58


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