• Suite à un défi d'écriture je me suis défoulée sur le tableau de Domenico Zampieri "Dieu réprimandant Adam et Eve". Alors voilà :

    http://latartine.farv.fr/wp-content/uploads/2009/12/Dieu-r%C3%A9primandant-Adam-et-Eve.jpg

     

    Mademoiselle Eve a décidé de traîner aujourd'hui sa classe dans un musée. On ne peut pas dire que les enfants sont follement enthousiastes, encore que louper les leçons de grammaire et de calcul ne soit pas négligeable. Ils errent dans les allées jusqu'à ce qu'ils tombent sur un tableau qui porte le nom de leur institutrice (pardon professeure des écoles). Eve, c'est écrit en toutes lettres.

    Les élèves jettent quelques regards en coin à Mademoiselle Eve mais comme elle semble ravie qu'ils s'intéressent enfin à quelque chose ils n'hésitent plus à donner leur avis sur le tableau.

    Voilà une erreur qu'elle ne répètera pas, mais la pauvrette débarque et elle est encore pleine d'illusions sur les bambins.

    A ses "Que pensez-vous de ce tableau ?", les réponses se mettent  fuser et la laissent fort déroutée.

    "Euuuuh, t'as vu, y a un ange qui montre du doigt, moi j'ai pas le droit !"

    "C'est un ange ça"

    "Ben oui, il a des ailes"

    "C'est des anges aussi les machins beurk ?"

    "Quels machins beurk ?"

    "Ben les têtes avec des ailes, c'est moche non ? Et pis ça existe pas ! Ca existe les anges ?"

    "A ton avis, il est où le reste de leur corps ?"

    "Et comment ils font pour faire pipi et caca ?"

    "Et les anges par où ils passent leurs ailes, tu crois qu'il y a des trous dans leurs sacs à patates ?"

    "Mon papa en voiture, c'est pas le doigt du monsieur qu'il montre, c'est celui du milieu !"

    "Et pis t'as vu y a des gamins avec lui, y en a même des tout nus et c'est que des garçons ! Pourquoi y a pas de filles d'abord ?"

    "Ouais, j'ai vu, c'est sûrement ce que mes parents appellent un péquelquechose, paraît que c'est mal ce qu'ils font"

    "Ils font quoi les péquelquechose ?"

    "Ben il y en a qui n'aiment que les enfants, d'autres qui n'aiment que les garçons et même certains les deux en même temps ! Mais c'est pas les mêmes pé"

    "Ah et c'est pas bien ?"

    "Chais pas, mes parents ont pas voulu me dire, mais il paraît qu'il y a des péquelquechose pas gênants et d'autres, les pébidules on va dire vraiment beurk, va savoir !"

    "C'est marrant le hamac volant dans lequel ils sont, comment ça peut voler ce truc là ?"

    "C'est sûrement en rapport avec la grativité !"

    "C'est quoi ça la grativité ?"

    "Sais pas trop, c'est une histoire de pomme je crois"

    "Je me demande bien pourquoi il est fâché, comment y mettent sous le tableau, à oui Dieu, et c'est quoi réprimandant ?"

    "Tu sais les grands des fois c'est fâché tu sais même pas pourquoi et puis à voir sa tête c'est sûrement un mot cochon réprimandant ! En tout cas ça plait pas au lion et le cheval il se marre !"

    "Eh, t'as vu la tronche à Adam !"

    "Et son slip de bain il est drôlement moche, je suis sûr qu'à la piscine ils en voudraient pas"

    "Pourquoi il montre la dame ?"

    "A mon avis, c'est un cafteur, y a qu'à voir sa tête ! Il doit dire au barbu que tout il est de sa faute à la dame !"

    "Qu'est ce qu'elle a fait comme bêtise à ton avis pour qu'il soit pas content Dieu ?"

    "Chais pas, elle montre le serpent, peut-être qu'elle a voulu lui faire un câlin et que ça a pas plu à Dieu"

    "Et alors, c'est sympa les serpents, j'en ai vu au cirque qui jouaient avec une dame"

    "Ca mord paraît"

    "Seulement si tu l'embêtes sûrement, mais je trouve que c'est super beau"

    "Ouais peut-être, en tout cas Dieu il a l'air drôlement en pétard, on dirait Papa quand ma grande sœur elle dit qu'elle sortir avec son copain"

    "C'est du grand n'importe quoi les grands de toute manière !"

    "Moi, je trouve que notre Mademoiselle Eve à nous elle est drôlement plus jolie que celle du tableau"

    "Oui et en plus elle est habillée la nôtre, tu crois qu'elle est comme ça en dessous ?"

    "Sais pas faudrait lui demander !"

    Mademoiselle Eve, ayant viré au violet depuis déjà un bon moment, arrive péniblement à reprendre son souffle, se dit qu'elle va avoir beaucoup, mais alors beaucoup de choses à apprendre à ses jeunes élèves et les pousse vite, vite, vite vers la sortie sous le regard bienveillant et un tantinet goguenard du gardien de la salle qui en a déjà entendu bien d'autres !

     

     


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  • Petit exercice fait pour notre atelier d'écriture, décrire un objet sans le nommer. Alors qu'est-ce ? Facile quand même !

    Ce petit jeu rejoint celui que Dioméda vous propose ici

    Il s'élance sur la surface immaculée, son pied la foule avec bonheur. Il laisse derrière lui une trace bleue qui s'enroule et se déroule. Parfois son parcours s'envole en arabesques délicates qui ravissent l'oeil et l'esprit. Parfois, il grince et écarte rageusement de son passage les indésirables d'un trait péremptoire. Il lui arrivehttp://www.lesenfantsdelo.com/book/gribouilli.gif aussi de s'égarer en gribouillis, en dessins incohérents lorsque le dieu qui le manipule se prend à rêver ou à s'ennuyer. Sa vie tout doucement s'enfuit à créer du rêve ou à aligner des mots vides de sens. Son sang qui s'écoule peut réunir ou séparer, créer des mondes ou s'enliser dans la routine. Et puis un jour, sa dernière goutte de sève tombe et la main dans laquelle il se sentait si bien le rejette et le trahit en s'attachant à un autre.



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  • Voilà un petit conte que j'avais écrit en 2009 pour la Petite Fabrique d'Ecriture. Le jeu consistait à tirer 4 cartes du Tarot de Marseille et à en tirer une histoire. Assez bizarrement je trouve qu'il réapparaît plutôt à propos non ?

    http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRkoHpvs7AeO9txoQtOj0McCgYAkJ4Z1gj0bmroEkKmkmq9LGvmuQUn Empereur fier de son sceptre d'or se rengorgeait sur son siège étincelant, l'aigle à ses pieds l'encourageait à montrer toujours plus de morgue et de mépris pour ses sujets. Il aurait du les protéger, il les oppressait.

    Un Pape fier de sa tiare couverte de joyaux arrachés à ses ouailles affamés encourageait des moines à prier encore et encore pour son salut. Les âmes affamées d'amour qu'il aurait du aider dépérissaient.http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTw5vvpwTQW-uLAEE69RTH6M8JcpTWjXGq06L5IHm2wdRCf9mBY

    L'un et l'autre voulaient prouver qu'il était le plus fort.

    La lutte s'engageât entre le pouvoir séculier et le pouvoir spirituel.

    L'un et l'autre allèrent voir Dame Force qui vivait près d'un lion qu'elle avait dompté, toutefois celui-ci était fort loin d'être apprivoisé, la force de la nature n'est pas faite pour obéir à l'homme sans regimber. Ils lui ordonnèrent de leur donner le lion, ils le sacrifieraient et se gorgeraient de sa force, on verrait bien alors quel pouvoir serait le plus fort.

    http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRxKMe-RpUl0qzNEKokiWB00ESTkq5omb7h1HpWK6fpGk3ypNW8xwTout là-haut une pauvre Etoile nue essayait vainement de déverser sur cette terre déchue un peu de son amour. Elle sanglotait la pauvre devant la peine de tous ces malheureux et son bon cœur se révoltait devant l'insensibilité de ces dirigeants qui ne pensaient qu'à eux. Parfois, quand même, une goutte d'amour arrivait à prendre racine dans le cœur d'un homme.

    Dame Force, elle, n'était pas prête à laisser son lion mourir entre les mains de ces barbares couronnés.http://www.le-tarot-de-marseille.org/l_etoile.jpg Alors chaque fois qu'une goutte d'amour tombait, un peu de la force farouche de l'animal sauvage s'infiltrait aussi dans son cœur.

    Dame Force et Etoile doucement, sans bruit, tissaient de par le pays un grand réseau de révolte.

    Continuant à s'affronter l'Empereur et le Pape revinrent chez Dame Force et lui ordonnèrent de leur livrer le lion. Celle-ci leva les yeux vers le ciel, là-haut l'Etoile scintillait rayonnante.

    Alors Dame Force libéra le lion qui se jeta sur les deux tyrans et les dévora. Partout dans le pays oppressé les femmes et les hommes ayant au cœur force et amour se libérèrent aussi. Les richesses furent arrachées aux palais de l'Empereur et du Pape et rendues à ceux qui les avaient gagnées grâce à leur travail, leurs peines et leurs souffrances.

    Guidés par Dame Force et l'Etoile, les hommes prirent leur destin en main et choisirent parmi eux un nouvel Empereur ayant la force de se dévouer aux autres et un nouveau Pape qui guidé par l'Etoile saurait apporter l'amour à tous.

    L'histoire ne dit pas si l'Empereur et le Pape surent mener à bien leur tâche sans faillir à leur tour et succomber sous le poids du pouvoir. On peut seulement espérer que Dame Force et l'Etoile surent les garder dans le droit chemin.


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    Un autre tableau de 2007 que je fais remonter pour la communauté de Lyly Jane

    Ouais, eh ben, mine de rien c'est drôlement fatigant pour les zygomatiques le sourire énigmatique !

    Mais c'est Léonard qui m'a demandé de sourire comme ça vu que mes dents ne sont pas vraiment bien rangées, et à mon époque, l'orthodontie ça n'existait pas et le dentifrice Ultra Brite blancheur non plus.

    Bon trêve de palabres installons nous confortablement , les visiteurs arrivent.

    Et ça y est les réflexions fusent

    "Ah je le croyais plus grand ce tableau" Le Sacre de Napoléon mon petit vieux c'est à côté.

    "Oh t'as vu elle est toute craquelée" Ouais, ben toi ma belle on verra à quoi tu ressembleras dans 500 ans.

    "T'as lu Da Vinci Code, ben il paraît qu'elle était mariée au Christ" Ouille, toi tu ferais bien de le lire toi-même le bouquin

    Tiens le japonais qui essaye de me prendre en photo en douce, hop un clin d'œil, j'en connais un qui va être surpris en arrivant à Tokyo.

    Heureusement qu'il y a une barrière sinon je suis sûre que les gamins me colleraient leur chewing gum sur la glace ou me dessineraient des moustaches, ils s'enquiquinent les mômes que voulez-vous les musées c'est pas forcément leur truc, eh puis pour bien me voir de près, il ne faut pas être pressé.

    En tout cas, vivement ce soir que je sorte de ce cadre étriqué et que j'aille m'éclater avec les copines et les copains.

    Ca vous étonne de m'entendre parler comme ça, c'est sûr, c'est pas très renaissance, mais depuis que le monde défile devant moi j'en apprends des choses et dans toutes les langues en plus, et en plus j'ai quasiment l'éternité devant moi.

    Ah une dernière chose avant d'essayer de me concentrer sur mes admirateurs. Mon sourire énigmatique, cehttp://ekladata.com/M9j6hes1tqr18Y6G16qVU2XXWsI/mon-analyse-a-moi.png n'est pas uniquement une question de dentition. Figurez-vous qu'il faisait chaud quand il m'a peinte l'ami Léonard et comme je gigotais et que ça énervait le maître, j'ai donc eu le droit à une bassine d'eau fraîche avec des essences florales. Bon sang ce que ça faisait du bien d'agiter les orteils là-dedans et puis c'était plutôt marrant de me dire que les gens qui allaient venir admirer le tableau se demanderaient d'où me venait ce sourire. Eh bien maintenant vous le savez, c'est en réalité un sourire de doux contentement.

     



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  • J’espère que Francine me pardonnera la légère modification que j’ai apporté à ce mot cueilli dans l’arbre à mots, mais j’ai une petite raison pour ça, comme vous allez pouvoir le constater ci-après.

    « Bécédébo, bécédébo » braille le très respectable archéologue.

    « Bécédébo, bécédébo, bous boyez bien, cédébo ! » continue-t-il à clamer aux quatre vents.

    Ses étudiants sont sidérés. Mais quelle mouche particulièrement vicieuse a bien pu piquer le professeur Maximilien Hélianthus ? Lui si pondéré habituellement, ils ne le reconnaissent pas dans ce dingue écumant.

    Il faut avouer que depuis qu’ils sont à la recherche d’une civilisation perdue en pleine jungle équatoriale, la pluie, la chaleur, les insectes ne leur laissent guère de répit. Il faut vraiment être passionné pour subir ce complet décalage avec la vie européenne.

    Hier, le professeur Hélianthus a eu le tort de se balader sans son couvre-chef, ce doit être pour ça qu’il est comme fou ce matin, il a sûrement une insolation, doublée d’un rhume carabiné à entendre son élocution fort bizarre.

    Depuis ce matin, il est planté devant ce qui semble être le reste d’un mur herculéen couvert d’une végétation curieusement clairsemée par rapport à la marée verte qui les entoure.

    Ses élèves sont bien conscients qu’il s’agit là d’une découverte majeure, mais est-ce une raison pour hululer depuis des heures : « Bécédébo, bécédébo » ?

    Le distingué professeur Hélianthus lance des regards furieux à ses stagiaires hébétés par ce déferlement de charabia.

    « Mais ce n’est pas possible » pense-t-il « qui m’a fichu des empotés pareils, je parle français pourtant. Je m’en vais te renvoyer tous ces imbéciles dans leurs foyers dès que nous serons rentrés » et derechef le voilà qui recommence « Bécédébo, bécédébo ». Comme vous pouvez le constater lorsqu’il pense ce très cher Maximilien Hélianthus n’a plus le nez bouché, ce qui est très logique, même s’il s’agit d’un rhume de cerveau, un cerveau ne peut pas parler du nez, mais trêve d’aparté stupide, reprenons le cours de notre histoire qui, je le crains bien, vous échappe tout autant qu’à nos pauvres étudiants, mais ne vous en faites pas, je ne vous laisserai pas le bec dans l’eau.

    Bref, après avoir écouté leur éminent mentor délirer tant et plus et l’avoir regardé sauter dans tous les coins comme un marsupilami en pleine crise de délirium tremens, le médecin de l’équipe s’approche à pas de loup du grand chef et hop une piqûre de calmant.

    « Béééécééédééé » Plouf, les étudiants ont juste le temps de récupérer au vol le grand homme qui tombe dans les pommes (ou autre fruit à votre convenance, et d’ailleurs pourquoi ne pourrait-on pas tomber dans autre chose que des pommes ?).

    Complètement paniquée, la petite troupe décide de lever le camp sans tarder, manifestement, il plane sur le camp une malédiction à côté de laquelle celle des pharaons est du pipi de chat, parce que quand même pour rendre complètement frapadingue le très sérieux archéologue mondialement respecté Maximilien Hélianthus, il faut vraiment que l’air ambiant soit drôlement chargé en ondes négatives.

    Le pauvre professeur reste plusieurs jours plongé dans un profond sommeil, le temps que l’expédition arrive dans une contrée un peu plus civilisée qui lui permettra d’être rapatriée dare-dare.

    Au moment d’être embarqué dans l’avion du salut, Maximilien ouvre un œil et murmure « Mais c’est des mots ! », certes, il aurait été plus français de dire "Mais ce sont des mots" mais que voulez vous dans l'excitation du moment, ce léger écart de langage peut être pardonné !

    Oups, le grand homme avait repéré sous la végétation du mur des symboles qui ne pouvaient être que l’écriture d’une civilisation perdue.http://www.linternaute.com/nature-animaux/geologie/photo/les-lieux-inhospitaliers/image/foret-sarawak-441717.jpg

    Re-oups, personne n’a pensé à relever les coordonnées exactes de la cité perdue.

    Nul doute que lorsque Maximilien Hélianthus va reprendre complètement ses esprits, il sera tellement furieux qu’il faudra définitivement l’enfermer à triple tour dans les sous-sols du muséum le temps qu’il se calme, ce qui risque de prendre beaucoup de temps. D’ici là, étudiants et médecin se seront sûrement exilés au fin fond du Pôle Nord.


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